Conseil métropolitain du 24 septembre 2021

Intervention d’Emilie Chalas sur le programme Nano 2022

Le plan Nano 2022 a été présenté, je ne reviendrai pas sur son contenu.
Néanmoins, il nous semble important de souligner la dimension stratégique de cette politique publique : nous finançons l’avenir, nous finançons le monde de demain, nous finançons la transition écologique, nous finançons les emplois de nos enfants.
Nous finançons l’avenir, oui, car la R&D déjà performante en France dans le domaine des nano et particulièrement à Grenoble doit se poursuivre et s’intensifier. Dans quelques années, et déjà aujourd’hui nous produisons les composants du progrès. Les discussions sont d’ores et déjà lancées sur le prochain plan : il sera élargi et renforcé pour devenir une « stratégie d’accélération industrielle » à partir de 2023.
Nous finançons le monde de demain, oui. Et il ne ressemblera pas au monde d’aujourd’hui, sans référence à tous les idéologues qui prophétisaient le « monde d’après COVID ». Le monde d’après se prépare plus discrètement, en sourdine, en sous-marin. Ne négligeons pas l’impact de la crise de COVID mais c’est avant tout la prise de conscience écologique et les tensions géopolitiques qui changent notre façon de penser la mondialisation.
N’en déplaise aux décroissants, nous ne retournerons pas en arrière, jamais, pas seulement parce que la majorité des êtres humains et des dirigeants actuels ne souhaitent pas ce retour en arrière, mais surtout parce que l’histoire de l’humanité nous apprend qu’il n’y a jamais de retour en arrière. Abraham Lincoln disait, pour citer un américain, c’est d’actualité, « Un homme d’État est celui qui pense aux générations futures, et un homme politique est celui qui pense aux prochaines élections ». Plutôt donc que de surfer sur l’une des tendances populistes du moment anti-progrès, anti-science, complotiste, ayons foi en une politique visionnaire, ayons foi en nous et en ceux qui nous suivrons. Nous créerons, nous inventerons une mondialisation bien différente de celle que nous connaissons. L’Humanité se réinventera.
Concrètement, cela veut dire quoi ? Et bien par exemple que nous devons changer le rapport de force économique et politique avec les blocs chinois et américain dans la course à la modernité et au progrès : nous ne pouvons plus être dépendants, nous ne pouvons plus sacrifier notre souveraineté nationale et européenne sur les politiques publiques stratégiques : le numérique, l’électronique au sens large, le design de circuits, la robotique, pour ne parler que de celles-là. L’installation d’INTEL en Europe (en plus de l’Irlande) doit nous alerter en même temps que nous devons accompagner la réimplantation de TSMC en France, fleuron occidental de la production de puces implantée à Taiwan.
Oui, nous finançons la transition écologique : toujours plus propre, toujours moins consommatrice d’énergie, toujours plus vives et intelligentes, nos technologies opèrent des révolutions permanentes vers un monde moins polluant et moins gourmand en énergie, où les puces ne feront plus 2 fois le tour de la terre avant d’être vendues dans un smartphone, une voiture électrique, dans une éolienne ou un panneau solaire.
De la même façon nous devons réindustrialiser notre pays, non pas installer des usines telles que nous les connaissions, mais des centres de production avec l’aide de la robotique et de l’intelligence artificielle, vite, bien et à moindre coût sur le territoire français. Nous ne gagnerons pas la bataille du coût du travail contre la Chine, emportons celle de l’innovation robotique.
Car oui, enfin, nous finançons les emplois de nos enfants. Demain, la production industrielle ne ressemblera à rien de ce que nous connaissons : je le disais, la robotique, l’intelligence artificielle accompagnera les techniciens et les ingénieurs sur les chaines de production qui ne seront d’ailleurs peut être plus des chaines comme dans les usines de Ford. Il en va de la survie économique, des enjeux environnementaux et de géostratégiques. La robotique, ce ne sont pas les robots de Terminator, entendons-nous bien, mais c’est un relai de croissance essentiel : un mélange d’avancées mécaniques, d’environnement numérique et d’intelligence artificielle au service des humains, un mélange de soft et de hardware. A Grenoble la recherche existe dans ce domaine, mais pas la production, c’est dommage, car les clients eux existent déjà ! Ce développement s’accompagnera bien sûr de la cybersécurité et de la stratégie IA portée par l’institut 3iA Grenoble. Allons chercher et développer des technologies d’application directe, pas que des publications scientifiques qui seront exploitées par d’autres. Ce sont les emplois de nos enfants sur notre territoire : en recherche, innovation, ingénierie, technicien de production, contrôle qualité, commercialisation, sav, recyclage et j’en passe avec tous les métiers de demain que nous ne connaissons pas encore.
Le statuquo n’est pas possible, et il est de fait inexistant : ne rien faire consisterait à laisser la main aux autres blocs dans cette guerre silencieuse mais impitoyable depuis 10 ans sur les nano tech et plus largement sur l’électronique. Notre force est double dans cette bataille pour l’avenir : la puissance de l’Europe bien sur qui doit continuer à se solidifier et se politiser, et les forces vives, les éminences grises et le savoir-faire technique de notre pays, ces femmes et ces hommes que nous côtoyons à Grenoble sans avoir conscience à quel point ils tiennent une partie de l’avenir de la France et de nos enfants entre leurs mains. Je pense au CEA LETI, à ST Microelectronics, SOITEC, LYNRED, pour ne citer que les 4 chefs de file. Aidons-les, la confiance n’exclue pas le contrôle bien sur, donnons-leur les moyens que la France soit en bonne position à l’aube de notre futur.