Conseil métropolitain du 29/01/2021

Intervention de Laurent Thoviste
sur le rapport d’orientations budgétaires

La crise sanitaire que nous traversons bouleverse à la fois nos modèles et nos certitudes. Nous ne pouvons plus continuer à gérer comme avant. Si 2020 a pu nous surprendre et nous a obligé à nous adapter, 2021 et les suivantes doivent être l’occasion de réorienter nos politiques et d’aborder différemment ou avec plus d’insistance des sujets que nous avions mis de côté. Ce débat d’orientation budgétaire doit, pour notre groupe, être l’occasion de sortir de nos postures électoralistes et pour le dire franchement un peu trop simpliste, pour essayer de s’accorder sur quelques grandes priorités. Nous vous en proposons 4.

En premier lieu et je crois que sur ce point nous serons tous d’accord même si nous avons parfois des désaccords sur les moyens, la transition écologique vers un monde qui protège mieux les individus et notre planète. La pandémie nous montre à quel point nous sommes vulnérables et doit nous inciter à agir. Sur ce point, la métropole de Grenoble a, il faut l’avouer, déployé un certain nombre de politiques que votre budget 2021 propose de poursuivre et d’amplifier au travers du plan climat : dispositif Mur-Mur qui s’étendra aux maisons individuelles, politique globale d’aide aux mobilités incluant les transports collectifs, les cycles, le covoiturage et nous voulons ici saluer les premiers pas de la nouvelle administration du SMMAG élargie aux territoires environnants qui offre l’occasion d’une politique à l’échelle de la grande région grenobloise, prime air bois qui bien qu’insuffisante dans ses résultats n’en traduit pas moins une volonté, zone de faible émission même si là aussi certains dispositifs doivent être affinés pour ne pas être contreproductifs … Je pourrais ajouter au titre des budgets annexes notre politique de l’eau et nos excellents résultats en matière d’assainissement, fruit d’investissements depuis plus de 20 ans. Sur ce point notre métropole avance et c’est tant mieux car il n’y a pas dans cette assemblée de pro et d’anti-climat comme certains aimeraient à la faire croire. Il y a des élus soucieux du bien-être de leurs habitants, dans leur diversité et leur complexité.

En second lieu le développement économique et l’attractivité de notre territoire. Car la crise actuelle montre que l’entreprise ce n’est pas uniquement le grand capital. Ce sont des femmes et des hommes qui s’investissent pour innover et  développer un projet, qui en font vivre d’autres et qui parfois perdent tout. Nous devons bien sûr être à leur coté mais nous devons aussi préparer les conditions du rebond. Et pour cela nous ne pouvons pas nous contenter de vanter notre fameux triptyque université – industrie -recherche. Certes nous avons de belles réussites mais aussi un appareil productif à moderniser et à redynamiser, une économie présentielle à développer, des capacités d’accueil insuffisantes. Nos entreprises et celles qui vont s’installer sur notre territoire doivent pouvoir bénéficier d’une politique économique favorable et lisible. Elles doivent être encore mieux accompagnées dans leur transition vers un monde qui concilie les exigences écologiques et sociétales avec leur compétitivité et leur capacité à innover et investir, indispensables à leur développement ou leur survie. De ce point de vue votre budget manque d’ambition. Il est temps de rénover nos zones d’activités vieillissantes, il est temps de permettre à nos entreprises de disposer des meilleures technologies de communication, il est temps de dire aux développeurs qu’ils sont les bienvenus et que nous sommes prêts à les accueillir. N’oublions pas que la fiscalité économique représente environ 30 % de nos recettes. C’est donc aussi la condition de mise en œuvre de nos politiques de solidarité. Or rappelons-nous les termes du rapport de la CRC « les transferts n’ont pas apporté de moyens supplémentaires pour mener cette politique. La métropolisation n’a pas eu pour effet d’augmenter les dépenses d’investissement en la matière. Et les magistrats de conclure le premier constat est celui d’un manque de lisibilité de l’intervention économique de la métropole tant en externe qu’en interne ». Malheureusement votre budget 2021 ne nous semble pas corriger cela et c’est une source d’inquiétude.

En troisième lieu la solidarité. Entre les personnes mais également entre les communes puisque ce sont elles ne l’oublions pas qui sont au contact de leurs administrés et qui perçoivent en premier lieu l’impact de la crise. Si la prise de compétence emploi est encore trop récente pour apprécier l’impact de la métropolisation, la politique du logement a montré un profond échec. La métropole n’a pas su trouver les moyens de corriger les déséquilibres en matière d’habitat social. Vous en avez fait le premier sujet du bureau métropolitain et nous avons eu des échanges intéressants. Il faudra sûrement sortir des postures et des mesures gadget comme l’encadrement des loyers, pour se doter d’outils, y compris financiers pour arriver à un meilleur équilibre des populations au sein de notre métropole. Il faudra aussi mettre en œuvre le pacte fiscal métropolitain qui, là encore pour reprendre le constat fait par la CRC, a pour objectif de « réduire les disparités de charges et de recettes » entre communes membres et a sans cesse été repoussé. A ce jour et votre rapport budgétaire n’en fait pas mention il n’est toujours pas à l’ordre du jour alors même qu’il est pourtant obligatoire depuis 2014.

Enfin en dernier lieu le soucis de la bonne gestion des deniers publics. L’accroissement de la pression fiscale déjà lourde pour les ménages et les entreprises surtout après la crise que nous traversons ne peut être une solution. Nous devons donc comme on dit en langage courant « nous serrer la ceinture » en réduisant nos dépenses de fonctionnement pour privilégier l’investissement. Malheureusement cela n’a pas été le cas par le passé je vous renvoie là encore au rapport de la CRC en considérant seulement le périmètre ante-métropole et l’effet dit de « structuration » (donc hors transferts de compétences et services communs), la masse salariale est passée de 26,6 M€ en 2015 à 37 M€ en 2019, soit une progression importante de 39 % (et de quasiment 10 % par exercice). Votre budget 2021 en prend t-il acte ? Pas vraiment. Il reste muet sur les hypothèses de mutualisation de services entre les communes et la métropole, il n’aborde pas la pourtant obligatoire réforme du temps de travail, il mentionne furtivement les outils de pilotage sans préciser les objectifs concrets. Dans le même temps les dépenses s’accumulent : la Sémitag est quasiment en dépôt de bilan malgré une aide complémentaire de 4 millions d’euros faute d’avoir pris en son temps les décisions qui s’imposaient en termes de gestion du personnel et d’adaptation de l’offre. Vous nous proposez même de nouvelles dépenses comme la préemption du siège de GHM dont on peine à savoir comment elle sera financée. Vous poursuivez les projets qui font débat (siège métropolitain, centre culturel art science sans prendre le temps de les justifier et alors même qu’un nouveau mandat doit aussi être un temps d’appropriation de nos politiques. Et tout ceci dans un contexte d’endettement qui approche la zone rouge des 10 années.

 

Voilà quelques sujets que nous voulons porter au débat. Nous espérons pouvoir en discuter avec vous et avec votre vice-président que nous remercions d’ores et déjà pour sa proposition de rencontre, pour aboutir à un budget qui permette véritablement à notre métropole d’affronter les défis de demain, ceux que nous voyons déjà se profiler et ceux dont nous n’avons même pas encore connaissance.